à l'ombre de Fernando Pessoa.

Publié le par jissey moro

 

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C'est un peu pour cela que tu es venu à Lisbonne. Errer dans les rues obliques, te perdre dans une sorte de jeu de marelle pas toujours marant. Attendre le moment où tu sentirais de l'intérieur sa peau dans ta peau. Il ne reste plus que son costume vide, posé sur un valet de bois. L'âme demeure sinueuse et  luisante comme les pavés sous la pluie. Tu te dis que chacun de tes pas peut-être piétine sa semelle de vent.

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                    Le temps ne passe pas. C'est toi qui passe. Si le temps est immobile comme un quai, les sentiments des départs, eux, hantent les esprits des passants. Il n'est donc pas improbable de croiser peut-être les sentiments de ces temps éloignés, pour peu que l'on se taise, que l'on se pose à l'abri d'un ficus macrophilia pluricentenaire. Alors qu'une jeune fille minaude, tu retrouves au même instant dans "le gardeur de troupeaux" cette émotion subtile; ici le poète suppose que le simple fait de désirer du regard une jeune fille suffira pour la faire tomber dans les bras d'un autre, plus beau, plus alerte.

 

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         Les nostalgies promises ne sont que des dettes, des retards de paiement. On aurait dû, on aurait peut-être pu, mais on n'a rien fait. On laisse passer, paresseusement le temps. Entre la vie et moi, une vitre mince écrivait Pessoa. J'ai beau voir et comprendre la vie, je ne peux la toucher. Que j'aimerais être un petit garçon lançant des bateaux de papier sur le bassin d'un jardin. Tu n'as pour projet que ce que tu n'es plus. Tu glisses infiniment dans le vide que tu crées.

lisbonne19             Autrefois, dit-il ailleurs, je m'éveillais sans aucune sensation. Aujourd'hui, je m'éveille avec peine, parce que je perds mes rêves. Cette ville te bascule, te bouscule, te met cul par dessus tête, c'est peut-être à l'envers qu'il faut le regarder aussi. Pas l'un ou l'autre, mais les deux. L'image et son reflet. Le grand malheur de l'homme est d'avoir croisé son visage. Il y reste ensuite aliéné jusqu'à l'abrutissement.

lisbonne 2012 trois11         Chaque lieu pourrait être un lieu de pose dans cette ville encore fraîche de l'hiver qui pourrait te retenir, te capter. Il ne se passe rien, donc toujours quelque chose. Tu as le temps d'écouter le murmure des plantes, le souffle des poissons rouges, de créer des liens, de respirer profondément. lisbonne 2012 trois6          Cette ville embrouillée, parfois, transpire les colonies de jadis, même si beaucoup de choses s'écroulent et s'effacent peu à peu comme nos propres visages. Mais cette élégante destruction se fait sans plainte, sans regret, juste un chant accompagné d'une guitare.

 

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Avant que les volets ne se referment une dernière fois sur de nouvelles pousses.

 

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